Lutte pour les terres en Colombie : portrait d’une militante
Article écrit dans le cadre de mon travail avec Oxfam en Colombie, en collaboration avec Benjamin Boissonneault Vaudreuil
Fin 2016, Oxfam lançait le rapport « Arrachés à leurs terres : Terres, pouvoir et inégalités en Amérique latine ». Selon ce dernier, 1% des exploitations agricoles de 14 pays d’Amérique latine concentre davantage de terres productives que les 99% restants ; en Colombie, 0,4% des exploitations occupent à elles seules 67% des terres, ce qui en fait le pays le plus inégal dans le domaine. Une situation alarmante qui met en danger l’agriculture paysanne et la sécurité alimentaire de millions de personnes.
Mère monoparentale de trois enfants, Nayivis
Mercado Sierra est originaire d’El Carmen del Bolivar, une municipalité
colombienne située dans la région des Montes de Maria, durement touchée par le
conflit armé. Menacée de mort, Nayivis a dû quitter sa terre et reconstruire sa
vie ailleurs dans le pays, tout comme 6,9 millions de victimes du conflit, plaçant
la Colombie dans le peloton de tête des pays comptant le plus de « déplacements
internes forcés ».
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| Nayivis Mercado Sierra pause devant le Congrès de la République pour la campagne #YoSoyMujerRural (Je suis une femme rurale), une initiative appuyée par Oxfam et lancée début mai 2017 (www.yosoymujerrural.com) Crédit photo: Michel Poulin - Oxfam |
Ainsi, le retour de Nayivis à El
Carmen fut le début d’un long processus pour retrouver une vie digne :
tandis qu’elle habitait dans un abri temporaire, elle lutta pour faire
construire 200 logements pour les familles victimes de déplacement forcé. Avec
d’autres villageois, Nayivis a également développé un projet d’horticulture et
d’élevage sur 25 hectares. Mais la violence restant forte dans la région, leurs
cultures ont été saccagées et presque toutes leurs bêtes ont été abattues. Une
alternative a été alors d'exploiter deux hectares de terres en dehors de sa
communauté pour tenter de subvenir aux besoins alimentaires de sa famille.
Aujourd’hui, 89% des terres cultivées de
la région des Montes de Maria sont exploitées par de grandes industries productrices
de canne à sucre, d’huile de palme et de teck, ne laissant que 11% de terres
disponibles pour l’agriculture paysanne. En tant que Secrétaire générale de
l’Organisation des populations déplacées, Nayivis a contribué à mettre sur pied
une table de concertation et organisé des rencontres avec les différentes
populations et les acteurs privés de la région afin d’établir une nouvelle
délimitation des terres dans les Montes de Maria. Un exercice périlleux,
d’autant plus que les femmes colombiennes sont davantage menacées et violentées
que les hommes. Nayivis doit ainsi être accompagnée par des policiers
lorsqu’elle se rend dans ces réunions*.
Dans le cadre du processus de paix
actuel, Oxfam appuie l’Organisation des populations déplacées des Montes de
Maria pour favoriser la participation des femmes et faire en sorte que leurs
voix soient écoutées et prises en compte au moment de mettre en place des
politiques publiques qui permettent notamment un accès plus équitable aux
terres.
Nayivis se montre optimiste face à
l’avenir, malgré les nombreuses difficultés rencontrées : « La
situation actuelle est vraiment difficile, surtout par rapport à la terre.
Oxfam a grandement contribué à garantir notre protection, notre sécurité et à
faire avancer les propositions des femmes rurales. Maintenant plus que jamais,
nous devons nous mobiliser pour faire gagner la paix : la victoire est
proche ! »
*Entre janvier 2016 et février 2017, plus de 120 militantes et militants ont été assassinés en Colombie, dans le cadre de leurs luttes pour l’accès à la terre, aux droits humains et environnementaux de leurs communautés.

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